Une lumière dans cette quête de sens apparaît au Musée Branly, après notre visite à l’exposition Polynésie, Arts et Divinités (pas terrible, soit dit en passant,  puisque bizarrement, nous n’avons pu vénérer aucun Tiki marquisien, un comble pour une exposition sur les arts et les divinités polynésiennes, non ?).

C’est dans la boutique du Musée que je trouve une lueur d’espoir grâce à un ouvrage de Sven A.Kirsten chez Taschen, et dont vous avez la couverture en image. Ce livre captivant et magnifiquement documenté, retrace l’histoire de la Mode polynésienne dans les années 50 aux USA, celle-là même qui a contribué notamment à répandre à l’échelle planétaire le mythe de la Vahine Tahitienne.

Le Tiki fait son apparition dans la Polynesian Pop dans le milieu des années 50, menaçant même de prendre la place de la danseuse de Hula pour devenir le symbole des fantasmes portant sur les mers du Sud. Tandis que la Vahine représentait la beauté éternelle de la Création, le Tiki est une figure dressée à la gloire de la force créative débridée de l’homme, tant sexuelle qu’artistique. Même si le caractère phallique du Tiki n’agit que dans l’inconscient des Américains de l’époque, son apparence féroce et primitive symbolise le principe masculin (…). 

Avec l’engouement grandissant pour l’art primitif appliqué à la décoration des intérieurs américains, et la recherche du plaisir et de l’amusement par les continentaux dans la culture polynésienne, le Tiki est alors utilisé comme la marque de fabrication du monde exotique (…).

Vous me permettrez déjà à ce stade de relever que le mot même de Tiki possède un pouvoir évocateur, que son logo kitchissime sur des bars US et autres lieux à cocktails exotiques évoquant des plaisirs du Pacifique Sud inspire une possible connexion avec le Monoï Tiki. N’est-il pas le plus ancien des Monoï de Tahiti, fabriqué à la Parfumerie Tiki depuis 1942, présent donc bien avant l'inévitable reconnaissance du Monoï de Tahiti comme produit cosmétique et l'arrivée des marques ?

Si le Tiki est devenu la figure de proue de la vogue polynésienne américaine, c’est toujours la Vahine qui en incarne le plus solidement le caractère sexuel. La jeune insulaire demeure, néanmoins la personnification du sex-appeal non refoulé qu’elle est depuis que le premier occidental a posé le pied sur les iles. Sa douceur et sa beauté contraste avec la laideur nue du Tiki. Pourtant, l’association des deux figures suscite une tension intéressante, puisque les principes femme et mâle s’attirent et se repoussent mutuellement et simultanément pour créer une sorte de « ying et de yang » de la mode polynésienne (…).

Cette affiche publicitaire du Monoï Tiki, icône cinquantenaire (puisque cette toile de vahiné pudiquement dénudée date de 1963), confirme cette tendance à l’association Vahine Tiki, comme cette étiquette d’un autre temps, encore active sur les flacons Pitate et Tipanie, Monoï en vogue dans les années 50 et toujours en vente, notamment dans La Boutique du Monoï de Tahiti !

Alors, ce Monoï Tiki, plus qu'une marque célèbre ? Véritable légende vivante oui ! .