A la source de la rumeur planétaire, les premiers explorateurs européens, navigateurs forcement, ont décrit la Polynésie comme le paradis sur terre, peuplé de femme nue comme Eve et sensuelle comme Venus (on pardonnera à nos chers marins, après quelques mois en mer, d’être quelque peu sélectifs dans leurs observations...). Sur la photo ci-dessous, Eve offre le péché, non ? (couverture d'un bar américain...)

Herman Melville, célèbre pour ses écrits, notait : « Leur allure me stupéfiait : leur extrême jeunesse, leur teint brun clair, leur traits délicats et leur silhouette d’une grâce inexpressive, leurs membres au doux modelé et la libre spontanéité de leurs gestes étaient aussi beaux qu’étranges ».

Notez d’abord l’association beauté avec étrange, et poussons plus loin le geste, indéniablement sensuel dans la danse polynésienne, Hula ou Tamoure suivant les Îles, aux connotations charnelles, comme le rapporte ce témoignage de 1847 : « Les danseuses ne sont vêtues que d’un petit morceau de tissu indigène (…). A mesure que la danse s’enfièvre, ce tissu disparaît ou est jeté au vent (…). Elles ont les gestes les plus ignobles qui puissent s’imaginer, aucune plume ne peut ni ne doit les décrire (…). Les Révoltés de la Bounty avec M. Brando le montre longuement, sans l’écrire…

Les vahinés ne restent donc pas longtemps seulement à l’état de sirènes des Mers du Sud. Melville raconte qu’une fois à bord « Notre bateau était désormais livré corps et biens à toute sortes de débauche. La licence la plus basse et l’ébriété la plus honteuse régnait ». Voyez plutôt cette illustration de La Pérouse de 1847, titrant : Scène de débauche indigène ».

Les Blancs, hommes et femmes, perturbés par la différence de peau, jusqu’à la fascination par exemple pour les dimensions des « membres » des êtres humains au teint plus sombre, se sont toujours (et encore aujourd’hui !) amusés de plaisanteries grivoises et racistes transmises de génération en génération.

La Vahine à la nudité intégrale n’y échappe pas : elle devient vite une séductrice sauvage, objet de tentation sexuelle primitive. Gauguin au Marquises construit la maison du Jouir. L’homme blanc est obsédé par la vision de la vahiné prête à tout. Il l’utilise sur des Toiles de Maître ou des fresques décoratives, pour alimenter son phantasme. Il déshabille ses propres femmes blanches pour le service au Tiki Bar, quand ce n’est pas plus.

Témoin de cette barbarie :cette illustration d’un menu de Bar à Cocktails US entretenant le mythe de la Vahine dévergondée, cette boîtes d’allumettes dessous (sur l’illustration jointe, les seins étaient en relief !) ou cette pochette de disque où notre US Island Girl plus bas, au regard aguichant invite l’homme des années 50 à pénétrer dans sa petite cabane en herbe…

Alors, pour en revenir à la question de départ, d’où vient le mythe de la beauté polynésienne ? Maintenant vous savez ! Objet sexuel plutôt que beauté des Mers du Sud. Il nous reste aujourd’hui une version très édulcorée, nudité plongée dans un lagon turquoise (les seins à l’air quand même), avec des fleurs et une peau luisante de Monoï…Les cartes postales de Tahiti en sont un exemple vivant.

Je me demande quand même à quel point les senteurs et odeurs (des fleurs ou de l’huile de coco macéré) n’a pas joué un grand rôle : parfums enivrants, envoutants, senteurs exotiques sucrées…Bougainville n’aimait pas « l’odeur rance» des polynésiens. Et pourtant, ce Monoï de Tahiti a encore et toujours des connotations érotiques. Le magazine Elle conseillait cet été à ces lectrices de mettre un peu de monoï là où il faut pour attirer le mâle...Le marketing du massage polynésien, le Taurumi, enrichit cette image avec le tactile, le touché sensuel (voir les photos de massages Manea Spa).

Alors Coco ou Jasmin ?

La magnifique photo du haut est de Lucien Gautier 1925. Les illutrations proviennent du Livre Modern Tiki chez Taschen. Une merveille !